L’Arcom a ouvert une enquête sur MYM, mais aucun manquement n’est établi à ce stade. Après une première analyse, l’autorité française soupçonne de possibles non-conformités au règlement européen sur les services numériques, notamment autour de la protection des mineurs, du contrôle de l’âge et de la transparence du service. Une demande d’informations a été adressée à MYM le 14 octobre 2026 et la plateforme dispose de quinze jours pour répondre.
Pour les créateurs, l’enjeu dépasse le cas d’une seule plateforme. Cette actualité rappelle qu’une activité fondée sur des abonnements, des contenus exclusifs ou une communauté payante dépend aussi de règles de modération, de paiement, d’accès et de conformité que le créateur ne contrôle pas entièrement. La bonne réaction n’est ni de condamner MYM avant l’issue de l’enquête, ni de paniquer : elle consiste à vérifier ce qui dépend de la plateforme, ce qui relève du créateur et ce qui doit rester opérationnel si les conditions changent. Informations vérifiées le 18 octobre 2026.
Ce que l’Arcom a réellement annoncé
Dans son communiqué publié le 16 octobre 2026, l’Arcom indique avoir ouvert une enquête après une première analyse de la conformité du service au règlement sur les services numériques, souvent appelé RSN en français et DSA en anglais. Ce règlement européen fixe des obligations aux services intermédiaires et aux plateformes accessibles dans l’Union européenne.
Les soupçons mentionnés portent sur deux ensembles de sujets. Le premier concerne la protection des mineurs, notamment le dispositif de contrôle de l’âge. Le second concerne la transparence du service, dont la présentation des conditions d’utilisation et des systèmes de recommandation. Un système de recommandation est le mécanisme qui sélectionne ou classe les contenus montrés à un utilisateur en fonction de différents signaux.
L’Arcom a adressé une demande d’informations à MYM le 14 octobre. La plateforme dispose de quinze jours pour répondre. Cette étape sert précisément à recueillir des faits et à permettre au service concerné de présenter ses explications. Au moment de cette vérification, aucune décision finale ni sanction relative à cette enquête n’a été annoncée, et aucune réponse publique de MYM n’a été identifiée dans les sources officielles consultées.
Le périmètre est français et européen : MYM est une plateforme établie en France, tandis que les obligations examinées découlent du règlement européen sur les services numériques. Les principes rappelés par la Commission européenne incluent notamment la lisibilité des conditions, la transparence des principaux paramètres de recommandation et un niveau élevé de protection des mineurs.
Une enquête n’est ni une condamnation ni une preuve de manquement
Le vocabulaire est essentiel. Dire que l’Arcom « enquête » signifie que l’autorité vérifie des soupçons de non-conformité et demande des informations. Cela ne permet pas d’écrire que MYM a déjà violé le règlement, que tous ses contenus sont illicites ou que ses créateurs sont eux-mêmes responsables des points examinés. Ces conclusions seraient prématurées.
Il faut aussi distinguer les responsabilités. Le contrôle de l’âge, la conception du service, les paramètres d’un système de recommandation et la transparence des conditions relèvent d’abord de la plateforme lorsqu’ils concernent son fonctionnement. Un créateur n’a généralement ni accès au code du système ni pouvoir sur la méthode de vérification utilisée par le service.
Le créateur conserve toutefois ses propres obligations : disposer des droits nécessaires sur les contenus publiés, respecter les personnes filmées ou photographiées, présenter honnêtement ce qui est vendu, appliquer les règles fiscales et contractuelles pertinentes, protéger les données auxquelles il a légalement accès et respecter les politiques de la plateforme. Le guide VIFLY sur les lois et réglementations applicables aux créateurs offre une première cartographie, sans remplacer un conseil juridique adapté à une situation particulière.
Le point de vue VIFLY : une enquête réglementaire ne doit pas devenir un prétexte pour stigmatiser des créateurs ou spéculer sur une sanction. Elle doit servir de test de solidité : votre activité peut-elle continuer si une plateforme modifie ses règles, ralentit des paiements, retire une fonction ou renforce ses contrôles ?
Pourquoi tous les créateurs par abonnement sont concernés
MYM est directement visé par l’enquête, mais le risque de dépendance existe sur toutes les plateformes qui hébergent une audience, distribuent du contenu et encaissent des paiements. Une modification des conditions générales, une nouvelle procédure de vérification, une restriction territoriale ou un changement de catégorie peut affecter l’accès à un compte, la visibilité des contenus ou le calendrier de versement.
Cette dépendance devient critique lorsque cinq actifs sont concentrés au même endroit : les fichiers originaux, l’historique des ventes, la relation avec les abonnés, le moyen de paiement et l’identité publique du créateur. Si le compte devient indisponible, l’activité ne perd pas seulement un canal de diffusion ; elle peut perdre sa mémoire et sa capacité de communiquer.
Le sujet n’est donc pas de quitter toutes les plateformes. Elles offrent une distribution, des outils de paiement et une simplicité précieuse. Le sujet est d’éviter qu’un intermédiaire devienne l’unique détenteur de votre relation commerciale. L’analyse VIFLY sur la monétisation des réseaux sociaux en France et dans les Outre-mer recommande déjà de distinguer l’audience empruntée du parcours que le créateur peut maîtriser.
Cette logique vaut aussi lorsque la plateforme paraît solide. Dans l’article consacré à la dépendance des créateurs face aux grandes plateformes, la conclusion reste valable : l’objectif n’est pas de remplacer une dépendance par une autre, mais de préserver ses contenus, son identité, ses offres et ses voies de contact.
Deux exemples concrets de préparation
Exemple 1 : une vidéaste vend des coulisses et des tutoriels
Une vidéaste indépendante propose un abonnement mensuel donnant accès à des making-of, des réglages de caméra et des sessions de questions-réponses. Son contenu n’est pas sensible, mais toute son activité est concentrée sur une plateforme : vidéos sources, descriptions, messages et historique des abonnements.
Elle commence par conserver localement les fichiers maîtres, les miniatures et les textes de présentation. Elle tient un registre simple des droits utilisés : musique, images, contrats clients et autorisations des personnes visibles. Elle exporte les documents comptables disponibles et note les modalités de paiement et de remboursement appliquées. Enfin, elle crée une page publique stable qui explique son univers, sans copier ni détourner les coordonnées d’abonnés qu’elle n’aurait pas le droit de réutiliser.
Si la plateforme change ses règles, elle peut continuer à informer son audience publique, republier ses contenus autorisés et reconstruire son offre. Elle ne contourne pas les conditions du service ; elle protège les actifs qu’elle a elle-même créés.
Exemple 2 : une artiste travaille avec des modèles adultes
Une photographe vend des séries éditoriales réservées à ses membres. Certaines images sont suggestives, mais toutes les personnes représentées sont majeures. Son risque principal n’est pas seulement la suppression d’un post : il concerne la preuve du consentement, de l’âge et de l’étendue des droits accordés.
Elle conserve pour chaque production un dossier distinct contenant le contrat, l’autorisation de diffusion, le périmètre commercial, la durée, les territoires, la preuve de majorité lorsqu’elle est nécessaire et une liste des fichiers concernés. Elle sépare ces justificatifs des contenus destinés au public et limite leur accès. Elle décrit correctement l’offre, évite les formulations ambiguës et vérifie régulièrement les catégories et interdictions de la plateforme.
Elle peut ensuite présenter son activité générale et ses autres offres dans un LinkHub clairement organisé. Cette destination propriétaire ne sert pas à contourner un contrôle d’âge ou une règle de plateforme. Elle sert à maintenir une identité professionnelle, une présentation cohérente et des voies de contact licites.
Nuances, limites et points de vigilance
Le premier point de vigilance est la présomption d’innocence réglementaire. L’ouverture de l’enquête n’établit aucun manquement. Les réponses de MYM, l’analyse de l’Arcom et les éventuelles suites pourront modifier l’évaluation. L’article devra être mis à jour si une décision, un engagement ou une clôture est publié.
Le deuxième concerne la portée du DSA. Les obligations ne sont pas identiques pour tous les acteurs et toutes les tailles de service. Les mesures applicables dépendent du rôle juridique du service, de son établissement et, pour certaines obligations renforcées, de sa désignation. Un créateur ne doit pas déduire de cette enquête qu’il est personnellement soumis à toutes les obligations techniques d’une plateforme.
Le troisième concerne les données d’abonnés. Construire un canal plus direct ne signifie pas exporter, aspirer ou réutiliser librement des adresses, messages ou informations obtenues sur une plateforme. Il faut respecter les conditions du service, le RGPD et le consentement applicable. Une newsletter propriétaire se développe avec une inscription volontaire et une information claire, pas avec une copie clandestine de contacts.
Le quatrième concerne les contenus pour adultes. Une sauvegarde ou un contrat ne rend pas automatiquement licite un contenu interdit, non consenti ou accessible à des mineurs. La Commission européenne a publié des lignes directrices sur la protection des mineurs qui insistent notamment sur l’adaptation des recommandations et sur la réduction de l’exposition à des contenus préjudiciables. Les situations sensibles justifient un accompagnement juridique spécialisé.
Le cinquième concerne les alternatives. Une autre plateforme n’est pas nécessairement plus sûre parce qu’elle est plus petite ou située ailleurs. Avant de migrer, vérifiez ses règles, son traitement des paiements, sa politique de modération, ses moyens de recours, sa sécurité, ses catégories autorisées et son cadre territorial. VIFLY permet de structurer une offre de contenu privé et de créer un abonnement, mais chaque créateur doit aussi vérifier que son contenu respecte les conditions de VIFLY et la loi applicable.
Que faire maintenant ? La checklist de résilience du créateur
- Cartographiez votre dépendance. Listez ce qui disparaîtrait si votre plateforme principale était inaccessible pendant trente jours : fichiers, revenus, messages, données, preuve des ventes et visibilité.
- Sauvegardez vos actifs originaux. Conservez hors plateforme les vidéos, photos, textes, miniatures, descriptions et documents comptables auxquels vous avez droit. Testez réellement la restauration d’un dossier.
- Documentez les droits et consentements. Associez chaque production à ses contrats, autorisations, licences et preuves nécessaires. Identifiez clairement les personnes et fichiers couverts sans exposer publiquement les justificatifs.
- Relisez l’offre comme un acheteur. Vérifiez la promesse, le contenu inclus, le prix, la périodicité, la résiliation, le remboursement et les limites. Les informations essentielles doivent être compréhensibles avant le paiement.
- Contrôlez les règles de la plateforme. Notez la date de votre dernière lecture des conditions, les catégories interdites, la procédure de recours et les règles liées à l’âge. Conservez une copie des versions importantes lorsque cela est permis.
- Créez une identité accessible hors plateforme. Maintenez une page publique, un nom stable et des liens à jour. Invitez les personnes à rejoindre volontairement votre newsletter ou votre communauté, avec une information claire sur l’usage de leurs données.
- Préparez un plan de continuité. Définissez où informer votre audience, comment honorer les prestations déjà payées, qui contacter et quels messages utiliser en cas de suspension ou de retard de paiement.
- Surveillez les faits, pas les rumeurs. Suivez les mises à jour de l’Arcom, les communications officielles de MYM et les modifications contractuelles. N’annoncez ni sanction ni fermeture sans source primaire.
La stratégie n’est pas de se passer de plateforme. Elle consiste à organiser son activité pour qu’une plateforme reste un partenaire de distribution plutôt qu’un point unique de défaillance. Pour les créateurs à abonnement, la conformité, la documentation et la continuité ne sont pas des tâches administratives secondaires : elles font partie du produit vendu et de la confiance accordée.
FAQ sur l’enquête Arcom concernant MYM
MYM a-t-il été condamné par l’Arcom ?
Non. Au 18 octobre 2026, l’Arcom a annoncé l’ouverture d’une enquête et une demande d’informations. Aucun manquement ni aucune sanction ne sont établis dans le communiqué consulté.
Pourquoi l’Arcom demande-t-elle des informations à MYM ?
L’autorité indique soupçonner de possibles non-conformités concernant la protection des mineurs, notamment le contrôle de l’âge, ainsi que la transparence des conditions d’utilisation et des systèmes de recommandation.
Combien de temps MYM a-t-il pour répondre ?
La demande a été adressée le 14 octobre 2026 et le délai annoncé est de quinze jours. Les éventuelles suites dépendront des informations recueillies et de l’analyse de l’Arcom.
Les créateurs MYM sont-ils accusés de manquements ?
Le communiqué vise la conformité du service. Il ne permet pas d’accuser collectivement les créateurs. Chacun reste néanmoins responsable de ses propres contenus, droits, déclarations et engagements commerciaux.
Faut-il quitter immédiatement une plateforme par abonnement ?
Pas sur la seule base de l’ouverture d’une enquête. Il est plus utile d’évaluer son risque, sauvegarder ses actifs, documenter ses droits, lire les conditions et préparer une continuité licite.
Peut-on récupérer librement les coordonnées de ses abonnés ?
Non. La réutilisation des données dépend des conditions de la plateforme, du RGPD et de la base légale ou du consentement applicable. Le canal propriétaire doit être construit avec une inscription volontaire et transparente.
Sources
- Arcom, « L’Arcom ouvre une enquête sur la plateforme française MYM », 16 octobre 2026.
- Commission européenne, questions-réponses officielles sur le Digital Services Act.
- Commission européenne, lignes directrices sur la protection des mineurs au titre du DSA.
Vérification effectuée le 18 octobre 2026. Cet article fournit une analyse éditoriale générale et ne constitue pas un conseil juridique individualisé.